Photos © Christophe Losberger

 

 

Hell’s Kitchen est né à Genève au crépuscule du XXe siècle. Souvenez-vous, à l’époque, le blues allait bien mal. Confisqué par de vieilles barbes virtuoses et radoteuses, il avait sévèrement perdu de sa gouaille, de son âpreté, de sa malice aussi. Hell’s Kitchen allait voler au secours du genre moribond, en l’oignant de sons industriels et de rythmiques cabossées, d’urgence urbaine et de transe hirsute. C’est en bousculant les aïeux qu’on leur redonne des forces.

Les fesses sur son tabouret, gorge roque et bottleneck agile, Bernard Monney a fait ses premières armes dans des gangs chevelus et bruyants. Un jour, Monney découvrit Robert Johnson et ne fut plus jamais le même. Merci Robert.

Derrière son invraisemblable batterie (de cuisine) bricolée, Cédric Taillefert est le phénix du groove concassé. Où a-t-il appris ça ? Ni dans sa première fanfare ni dans ce groupe pop où il transita. Taillefert a la vilaine syncope et le tempo patraque dans le sang.

Maçon de cet enfer, maître saucier de cette drôle de cuisine, le bassiste et contrebassiste Christophe Ryser a un épatant CV dans la musique expérimentale et le rock furax, le jazz qui titube et la chanson qui gronde. Ryser, il est grand. Il est bon. Il fait un peu peur.

Bref, qui découvre le trio sous les feux de la rampe n’en sort pas indemne. En cinq albums et des centaines de concerts dans le monde, Hell’s Kitchen a accumulé les louanges médiatiques et s’est attiré un solide noyau de fidèles. Après avoir collaboré avec Rodolphe Burger (Kat Onoma), Mama Rosin, Tété ou Matt Verta-Ray (Heavy Trash), partagé l’affiche avec Buddy Guy, le MC5, Louise Attaque, les Pretty Things ou les Young Gods, Hell’s Kitchen repart à l’assaut de nos tympans, de nos cœurs, de nos tripes. Le disque s’appelle Red Hot Land. Le groupe est sur la route. Et Satan l’habite.

Estèbe

Text in english coming soon.